C'est chez qui ?

P'tite causerie

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Dimanche 24 mai 2009
Je hais définitivement l'administration. Mais vraiment, profondément.
Je pense qu'un des rôles inconscients des services administratifs est de mettre à l'épreuve les nerfs des "usagers" afin de voir s'ils pratiquent le stoïcisme ou alors s'abandonnent à une salutaire rage dévastatrice et verbeuse.
Dernier épisode de la saga "Demande de PCH Aides humaines" (rapide rappel : la prestation de compensation du handicap est une nouvelle prestation, qui a été mise en place via la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Elle permet pour les personnes handicapées de financer, selon leurs besoins, des aides humaines : auxiliaires de vie, aidant familial - personne proche ; aides techniques : matériel médical ou adapté ; aides professionnelles, animalières...)
Donc, nous en étions à la commission des droits et de l'autonomie où monsieur Charmant avait entendu que les personnes qui demandaient une aide humaine 24h/24 étaient "en état végétatif", et d'autres énormités de ce genre.
La première décision de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées), était complètement débile, contredisant la situation actuelle de monsieur Charmant, qui voit ses besoins quotidiens déjà non complètement pris en compte. Et là, la première décision proposait de "donner" encore moins d'heures d'aides humaines.
Suite à la commission, une seconde décision a été prise, venant couvrir complètement les besoins de monsieur Charmant.
Frétillante d'impatience, j'attendais comme le messie l'auxiliaire de vie sociale tant attendue que je la prenais pour le dahut. Et là, c'est du côté du conseil général que cela a "couillé". Pour rappel, la décision d'attribution de quelques besoins est prise par la MDPH, mais l'organisme payeur est le conseil général. La MDPH a transmis deux décisions différentes à monsieur Charmant et au conseil général... Pour une somme différentielle de... 2€.
"Ah ben, ma pov' dame, vous pensez bien... Il s'agit d'argent public, on ne peut pas jouer comme ça avec les impôts des contribuables..."
A ben, ma pov'dame, et bien elle doit attendre encore que le bizarre incident de la faute de frappe soit réparé, et en gros, tout cet énorme dispositif qui est tellement lent, le devient encore plus.
Et ça, ça fait chier.
Par Sifoell
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Mardi 17 février 2009
Bonjour à tous,

Je ne suis vraiment pas très présente sur le net ces temps-ci, sûrement moins le temps et peut-être moins l'envie et le besoin. Je suis plus dans la vie de tous les jours que sur les écrans... Mais bon...
Je voulais partager avec vous le compte-rendu d'une journée d'étude sur la loi de 2005, à laquelle j'ai pu assister, et qui accueillait Marcel Nuss.
Je laisse donc place au compte-rendu :





Journée d’étude “Loi 2005 et pratiques éducatives.”


La loi de 2005 se présente sous trois grands axes :
-    la scolarisation (et non l’intégration) de tous les élèves à l’école. Cela ouvre un nouveau travail aux éducateurs (loi 1909 : séparation enfants valides / enfants handicapés)
-    la possibilité du choix des prestataires ouvre à une marchandisation du secteur social et ouvre surtout à la concurrence.
-    C’est la loi des bonnes intentions, mais souvent la réalité est différente. On a pu le voir récemment avec le financement des transports qui se fait désormais sous la forme d’un forfait, décidé par les MDPH – et non plus un remboursement Sécurité Social. Le reste à charge pour les familles, ou les personnes handicapées reste très important, le financement ne couvrant que les premiers kilomètres.



Intervention de Jean-François Dietrich, directeur d’un Institut d’Education Motrice, accueillant des enfants avec des troubles moteurs, avec ou sans troubles associés, et des enfants polyhandicapés.
Présentation de la loi, des dispositifs et de la mise en oeuvre.
Chronologiquement, il y a eu trois grandes notions politiques du handicap :
-    la réparation (après la guerre de 1914)
-    la réadaptation (apparue dans les années 60, avec pour vut de rejoindre l’ordinaire)
-    la compensation de la situation de handicap : pour exercer ses droits de citoyen, la personne en situation de handicap à droit à la compensation de son handicap. Cela relève d’une action autant sur la personne que sur son environnement.

Des représentants des personnes handicapées se retrouvent dans diverses instances (associations, communes, commissions). On retrouve également cette notion de citoyenneté avec l’apport du projet de vie, auquel la personne en situation de handicap participe.
Mais la personne peut-elle elle-même définir ses propres besoins ? On y retrouve une notion d’expertise de la personne sur ses propres besoins, et cela questionne la place des professionnels.

Plan de la loi de 2005 :
Titre 1 : Dispositions générales (notamment la définition du handicap)
Titre 2 : Prévention, recherche, soins (observatoires, formation des professionnels)
Titre 3 : Compensation et ressources (personnes handicapées en dessous du seuil de pauvreté)
Titre 4 : Accessibilité
Titre 5 : Accueil, information, évaluation, reconnaissance.
Titre 6 : Citoyenneté.

Ce qui est nouveau dans la définition du handicap, c’est la prise en compte de la difficulté psychique. Le handicap est une difficulté que rencontre la personne dans l’interaction avec son environnement.
La loi offre la possiblité pour la personne handicapée de choisir ses aidants, sachant que parfois des gestes médicaux sont à accomplir (aspiration, aider à la prise de médicaments). Il faut donc interroger la façon de répondre aux soins, par du personnel médical ou un personnel non médical ?

La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap, quelque soit l’origine et la nature de sa déficience, son âge, son mode de vie. A terme, cela vise la prise en compte des personnes âgées, et de la dépendance. Sachant qu’une harmonisation des réponses à ces besoins sera bien entendu difficile, sachant que la compensation d’une dépendance à l’âge de 25 ans est bien différente de celle d’une personne de 95 ans.

On relève quatre types de compensation : les aides humaines, les aides techniques, l’aménagement du véhicule et du logement, et enfin les aides exceptionnelles (comprenant les aides animalières). Ces aides sont forfaitaires et dépendent soit des prestations soit des fonds de compensation. Ces réponses, forfaitaires, demandent un temps d’étude de plus en plus long, et une intrusion de plus en plus importante dans la vie (notamment avec le projet de vie).
Les moyens mis en place pour appliquer la loi, qu’ils soient en terme de personnels ou en terme financiers sont largement insuffisants, sachant que chaque personne a des besoins qui lui sont particuliers et qui nécessitent des réponses adaptées.

Les aides pour accéder au travail, et surtout au travail dans le milieu ordinaire sont maintenant une aide au poste et non à l’entreprise.

Concernant la scolarisation, tout enfant a le droit d’être inscrit dans l’école de son quartier. Mais quels sont les moyens mis en oeuvre pour leur permettre d’être scolarisés ? Quels sont les statuts, la formation, des auxiliaires de vie scolaire, individuels ou collectifs ? Qu’en est-ils des classes internes à l’établissement spécialisé ? Les établissement s’ouvrent de plus en plus sur l’extérieur.

Concernant l’accessiblité du bâtis, la loi oblige les communes de plus de 5000 habitants à avoir une commission de l’accessibilité.

Concernant le traitement en lui-même du dossier, il est très disparate sur le territoire, en fonction des différentes MDPH.


Regard critique sur la loi de 2005. Marcel Nuss.

C’est la loi des bonnes intentions. Une évolution, mais non une révolution. Il reste une part très médicalisée dans la définition du handicap.
La DGAS (direction générale des affaires sociales) a réalisé un forfait horaire par acte. Trois quarts d’heure pour se laver, quinze minutes pour se déplacer… Les normes d’accessibilité tendent à standardiser cette norme. Une douche à l’italienne est préconisée. Mais certaines personnes ont besoin d’une baignoire pour se laver.

Il y a également un gros problème de sémantique dans cette loi. Elle parle de l’égalisation des droits et des chances. Je lui aurais préféré équité, ou égalité. On parle aussi de droit à l’autonomie ou de droit à l’indépendance ? Le terme de projet de vie serait également à changer en terme de besoins ou de souhaits.

Souvenez-vous du plan grande dépendance. Grande dépendance ou “personnes nécessitant un accompagnement constant ou quasi constant” ? Quelle est la différence entre la personne en situation de handicap et la personne handicapée ? La loi joue sur les mots pour essayer de faire évoluer les mentalités. Je préfère la notion mauricienne de personne autrement capable, qui insiste plus sur les capacités de la personne handicapée, que sur ses incapacités, comme peuvent le faire les définitions européennes. Le regard sur la personne n’est pas le même.
Les mauvais mots stigmatisent, les mots justes humanisent.

La scolarisation, l’accompagnement des enfants sont un vrai combat. Avant, c’était le système D : les instituteurs et les copains portaient le fauteuil. Ce système D faisait naître une complicité naturelle avec les copains. Aujourd’hui, par contre, les jeunes sont disséqués : ils ont un accompagnateur le matin pour le lever, un autre à l’école en journée, un autre le soir à domicile en plus de la famille. Les enfants ont besoin de stabilité affective. Il faut viser la polyvalence de l’accompagnateur.

Concernant le travail, plus les personnes handicapées travaillent, moins elles gagnent. La prestation de compensation du handicap a fait naître une réelle autonomie physique. Par contre, les ressources – l’allocation de compensation du handicap – maintiennent les personnes handicapées dans l’assistanat.

La délégation des gestes de soin, appelée aussi amendement Nuss : personne n’est là pour qu’elle soit appliquée.

Ce que la loi induit pour les travailleurs sociaux :

La compensation par rapport aux aides techniques est une vraie régression par rapport à la loi de 1975. Par contre, sous condition de passer par une évaluation correcte, il y a une vraie avancée sur le plan des aides humaines.
Les équipes d’évaluation ne sont pas conformes à ce qu’attendait le législateur : elles ne sont pas polyvalentes, ni pluridisciplinaires. Le côté médical est encore une fois mis en avant. Il n’y a pas de personnes handicapées dans les études d’évaluation.

Marcel Nuss emploie quatre personnes à temps plein, pour un accompagnement jour et nuit, de 32 heures par jour.

La prestation de compensation du handicap est la continuation des forfaits grande dépendance, mis en place par Ségolène Royal. Elle induit que les travailleurs sociaux ne pourront plus accompagner les personnes handicapées comme avant. Leur autonomie entraîne un changement de comportement et de positionnement. Avant 2005, on était dans une culture de l’assistanat (la culture de la rééducation). Les professionnels étaient basés sur leur savoir-faire, on pensait pour la personne, on travaillait pour le bien des personnes, en leur apportant juste le minimum vital. La loi de 2005 ouvre à la culture de l’autonomie, par la compensation : on passe du savoir-faire au savoir-être. Intervient là la dimension humaine. Le travailleur social pense et agit avec la personne. On passe d’une logique de charité, de stigmatisation à une logique de partenariat avec la personne.

La question de l’usager au centre est intéressante, également. L’usager est où ? Seul, sur son piédestal. La loi de 2005 ouvre à une conscientisation et une responsabilisation de tous les acteurs. En tant que personne handicapée, j’ai le droit de demander une compensation à hauteur de mes besoins, d’accéder à la citoyenneté, mais cela exige que je sois conscient de mes demandes, de mes capacités et de mes incapacités. Entre toute prestation de service, il y a des gouffres. Il faut être très responsable. Si on ne l’est pas, on devient un assisté autonome. Toute personne handicapée doit être aujourd’hui consciente des implications de ce qu’elle demande, de ce qu’elle veut et de ce qu’elle peut.

Un bon professionnel est capable de reconnaître ses limites. L’accompagnement repose sur la capacité à se regarder en face, qui sont les raisons de faire ce boulot. On accompagne pour être accompagné, on soigne pour se soigner. On le fait pour qu’il y ait un retour. Plus on est amoindri, par la maladie, plus on est vigilant, ce qui est un phénomène de survie, et le meilleur moyen de se protéger de l’autre.

Il n’y a rien à cacher, pas de non-dits. Derrière les mots, il y a la maltraitance passive. Les exigences humaines sont énormes dans les métiers de l’accompagnement.

Les écoles d’auxiliaire de vie sociale, d’aides médico-psychologiques sont un ramassis d’handicapés sociaux : l’Etat est complice de maltraitance. On demande aux professionnels d’être de plus en plus pointus, avec notamment la délégation des gestes de soins, pour l’autonomie, la sécurité, le confort de la personne accompagnée. Les travailleurs sociaux sont mal payés. La plupart des institutions sont des mouroirs et la moitié des professionnels sont à mettre dehors.

La loi de 2005 donne naissance à plusieurs questions centrales : quelle est la place de la personne handicapée dans la société, quelle est sa valeur ? D’où l’importance de la complémentarité entre la personne handicapée et le travailleur social.

Quelle est la formation de vos accompagnateurs ?
Ils sont aides médico-psychologiques, aides-soignants, ou non professionnels de l’accompagnement. Les formations ne sont pas adaptées à la réalité : trop techniques et pas assez humanisées. Pour trouver le positionnement juste, il ne faut pas oublier l’enjeu de l’affectif, et la question de la distance professionnelle dans le cadre de la relation à l’autre. Il faut responsabiliser au maximum la personne accompagnée, et penser à la génération perdue des personnes handicapées qui sortent de 20 ou 30 ans de taule.

Vous abordez la question de la sexualité dans un de vos ouvrages. Qu’en est-il ?
Nous travaillons sur un accompagnement sexué pour le premier semestre 2010. Cela a commencé par la création du collectif handicap et sexualité en 2007, et sa présentation au Sénat en 2008. Ce collectif est composé de l’APF, Handicap International, l’AMF et la CHA (coordination handicap et autonomie, fondée par Marcel Nuss en 2002). Pour le moment, l’accompagnement sexué est axé sur le handicap physique. Nous verrons plus tard pour d’autres types de handicap. Le problème en France est d’ordre juridique : la prostitution est permise, mais le proxénétisme est interdit. La difficulté est de ne pas ouvrir la porte à la légalisation de la prostitution (ce que craint l’Association du Nid). Il y a un travail en partenariat avec l’école suisse SEPH.
C’est qui un accompagnant sexuel ? D’anciennes prostituées qui reçoivent une formation, ou d’anciens professionnels du médico-social : psychologues, infirmières, kinésithérapeute, accompagnants à la vie quotidienne, éducateurs spécialisés. La sélection est drastique, avec 80% de refus.
Il y a une différence énorme entre la prostitution et l’accompagnement sexuel. On parle d’ailleurs d’accompagnement à la vie affective et sexuelle. Les séances durent environ une heure et demie pour aider la personne à se réincarner, se réapproprier son corps, à se réhumaniser. Cela passe par des massages, ce qui est une mise en condition par rapport à la confiance. Cela peut terminer par une masturbation. Mais on ne dépasse pas la préconisation de la masturbation dans le cadre législatif. “Un bon accompagnement sexuel ne peut être efficace que si les deux personnes ont du plaisir.” La charité, c’est dégradant. Il faut également éviter la confusion des rôles, entre éducateur spécialisé et accompagnant sexuel.

Par Sifoell
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Vendredi 9 janvier 2009
Vous savez comment faire pour faire une demande de PCH (prestation de compensation du handicap) ?
Et bien, je vais vous expliquer comment monsieur Charmant, qui je le rappelle, est invalide à 80% et nécessite une aide pour les gestes de la vie quotidienne, l'a fait.
Naïf qu'il était, monsieur Charmant s'est dit que cela serait plus facile, ou plus rapide, ou peut-être aurait plus de poids, en faisant cette demande avec l'aide d'un SAVS, Service d'Aide à la Vie Sociale. Le choix se porta sur le SAVS de l'APF, Association des Paralysés de France, de la ville de Nantes. Charmant les a donc contacté par mail en août 2007, mois de notre emménagement dans notre appartement, ensemble, tous les deux en amoureux.
La rentrée est passée, puis l'hiver a commencé et en décembre, quelle ne fut sa surprise quand Charmant a reçu un coup de fil de l'assistante sociale du SAVS de l'APF, disant qu'elle le rappelait parce qu'elle n'avait plus de ses nouvelles (euh... ça fait juste quatre mois pour répondre à un pauvre mail, mais bon...).
Des rendez-vous réguliers furent donc pris, au rythme de un ou deux rendez-vous par mois, à raison d'une heure et demi environ le rendez-vous, pour remplir ce fameux dossier de demande de prestation de compensation du handicap. En y repensant, ce n'est vraiment pas hyper compliqué à remplir, mais bon, on ne savait pas alors par quoi on allait passer...
Madame Assistante Sociale et Madame Ergothérapeute sont donc venues régulièrement chez nous, je m'arrangeais pour être présente à chaque rendez-vous avec mon employeur.
Il a fallu six mois pour remplir ce fichu dossier qui a été posté par les soins du SAVS en juin 2008. SIX MOIS. Là réside ma rage profonde. Six mois de blablas, de tournage autour du pot, de langue de bois. Tout cela pour faire une demande de PCH Aides humaines (qui comprend autant les aides humaines employées en prestataire, mandataire ou de gré à gré, que l'indemnisation de l'aidant familial).
Bon, le fichu dossier est parti pour le Conseil Général, qui décide. En décembre (2008), coup de fil providentiel du Conseil Général - chargé de payer les prestations de compensation du handicap. Le CG mandate un médecin évaluateur - en l'occurrence, là, c'était une ancienne éducatrice spécialisée qui est venue évaluer les besoins en aides humaines de Charmant, pour au final faire en deux heures trente ce qui a mis six mois à être faits par le SAVS de l'APF.
Je vais vous raconter ce rendez-vous assez dantesque, qui m'a valu un fou rire à me pisser dessus - mais je me suis contentée d'en pleurer, de rire.
La madame du Conseil Général arrive, et s'excuse des vingt minutes de retard, ce qui en soi, n'est pas très grave. Elle se confond en excuses et explications maladroites, ce qui n'est toujours pas très grave, mais juste un peu chiant. Commence alors l'entretien à proprement parler.
La madame du Conseil Général prend ses dossiers, résume rapidement la situation : Charmant, handicapé, chef d'entreprise, moi, aidante familiale et étudiante. Oui, c'est cela. Bon. Elle prend ensuite une jolie feuille toute blanche et dessine dessus un bonhomme sans jambes (la tête, le tronc et les bras, quoi), et dit : "Ca, c'est Monsieur Charmant." Je lance un regard interloqué au Charmant en question. La madame du Conseil Général continue ses explications : "Ensuite, il y a une grande maison, avec plein d'étages et plein de bureaux". Elle dessine sa grande maison et ses plein d'étages et plein de bureaux. "C'est la maison de la MDPH" (Maison Départementale des Personnes Handicapées). La Madame veut juste expliquer que le dossier du petit monsieur sans jambes (et pourtant, il en a, des jambes), va être étudié en commission par la MDPH qui s'occupe de la PCH aides humaines, aides techniques, aides professionnelles et aides animalières (y en a peut-être d'autres, mais j'ai la flemme de vérifier). Mais avant qu'elle ait eu le temps de terminer sa très parlante explication, je jette le regard de trop à Charmant, qui, lui, a de l'éducation et reste impassible, alors que moi je me décompose littéralement, commence à couiner, puis à hoqueter, puis à avoir très chaud et à m'éventer de la main avant d'exploser de rire, de me confondre en excuses et d'aller plier tout mon linge propre dans ma chambre pendant vingt minutes, en pleurant de rire. J'ai donc laissé la Madame du Conseil Général en tête à tête avec un Monsieur Charmant qui devait profondément me détester de lui foutre la honte.
Bref, tout cela pour dire qu'après ce rendez-vous dantesque, la même trame de la semaine a été réalisée en terme de besoin en aide humaine, ou présente responsable, par monsieur Charmant et la Madame du Conseil Général. Et que cette même trame avait déjà été faite par le SAVS. Bref...
Tout cela pour dire que d'après nos premières estimations, cela va être chaud, et tout cela pour dire qu'il est vraiment très difficile pour l'aidante familiale et compagne que je suis, d'une personne handicapée, de devoir assumer les différents rôles qu'offrent ma vie : femme, compagne, aidante familiale, étudiante, amie.
Et j'espère que le dossier de monsieur Charmant ne va pas trop traîner parce que je m'épuise, et que je n'ai plus assez d'énergie pour pouvoir faire ce que je veux faire de ma formation, en terme de recherches notamment. Je n'y suis pas assez investie, parce que je n'arrive pas à tout mener de front.
Mais, tout n'est qu'une question de temps.
Par Sifoell
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Vendredi 2 janvier 2009
Une année s'est écoulée, une année entière auprès de Monsieur Charmant, une année entière pour le connaître pour de vrai, une année entière pour l'apprécier jusque dans ses défauts - ce qui est d'ailleurs complètement réciproque.
Une année aussi pour me rendre compte que pour parvenir à bien m'occuper de monsieur Charmant, qui sans le demander, a besoin de pas mal de présence, il faut aussi que je m'occupe de moi-même.
Alors, dans le désordre, cela est passé par du soin, en effet, renifleuse invétérée, j'ai découvert les bienfaits de savants docteurs spécialisés dans l'allergologie, et, comme je le savais déjà, je suis pas mal allergique, et ce que je savais moins, c'est que cela se soigne, se traite, et que tous les symptômes pas drôles, et bien ils peuvent s'en aller.
Alors, je le crie haut et fort : JE NE RONFLE PLUS, et j'ai recouvré un semblant d'odorat. Je peux reconnaître des odeurs oubliées ou peu senties, je peux respirer la bouche fermée, je m'essouffle beaucoup moins, je n'ai plus besoin de me trimballer quarante mouchoirs. La vie est belle, et est remplie d'odeurs - j'apprécie particulièrement celles de la cuisine.
Je vais également m'occuper de moi en me divertissant, ce qui a déjà commencé par casser le monopole de la télécommande de télévision qu'avait Monsieur Charmant, mesdames, n'ayant crainte, reconquérissez ce territoire inconnu ! Et j'ai notamment découvert les chaînes cinéma de notre génial opérateur - si cela se dit comme ça - de tout plein de chaînes de télévision.
Dimanche, dans l'après-midi, je vais aller faire une belle randonnée, où, je sais pas, avec qui ? Une association de jeunes randonneurs de Nantes, je vais donc prendre mes chaussures de rando de trois kilos pièces, mon bel appareil photo numérique, me couvrir de moults couches de vêtements et prendre une bouteille d'eau pour aller découvrir la nature autour de Nantes. Cela se fera au rythme d'une randonnée par quinzaine, ce qui me sera une belle bouffée d'air frais et ne pourra que faire du bien à mes nerfs durement éprouvés cette année.
La semaine prochaine, je vais également bouger mon postérieur proéminent afin d'aller me renseigner sur la pratique de la boxe anglaise dans l'association sportive de mon quartier. C'est un sport qui m'intéresse et va avec mon physique massif mais néanmoins physique ;)
Je vais également m'intéresser de très près à tout ce qui touche aux jeux de sociétés et essayer de bouger mon postérieur... proéminent (pour ceux qui suivent), et le petit cul de mon compagnon afin qu'on puisse de temps à autre aller faire de folles parties de scrabbles et autres jeux plus récents dans des bars qui s'y adonnent souvent.
Tout cela pour vous dire que j'ai une envie folle de rencontre, de partage, de ressourcement (parce qu'il y en a fortement besoin), et que tout cela passe par une motivation de se bouger, et ne plus se réfugier dans la facilité et devant la télé...

Alors, pour résumer, si j'avais dix résolutions, elles seraient celles-ci :
1. Continuer de me soigner, et soigner autre chose que les allergies (procéder par étape)
2. Faire de la randonnée
3. Me renseigner pour la boxe et commencer en janvier ou en septembre, selon le bon vouloir de Mr le Conseil Général (pour une sombre histoire de financement de PCH, si vous voulez tout savoir)
4. Jouer
5. Lire
6. Ecrire
7. Compter (ben oui, faut bien, je suis un panier percé)
8. M'organiser mieux.
9. Rencontrer de nouvelles personnes.
10. Ne pas laisser tomber ce que j'ai entrepris, ce qui passe par de l'organisation (ce qui inclus mes activités internet qui ont été en suspens).

Et, en passant, je vous adresse mes meilleurs voeux pour l'année qui vient de naître, avec de la santé, du bonheur, des projets, des rencontres, de beaux moments, et j'espère également que vous aurez suffisamment de ressources pour affronter les moments plus difficiles, parce que malheureusement, il y en a toujours.

Et pour citer quelqu'un qui deviendra sûrement une amie : "La santé avant tout, le reste, on peut toujours s'en accommoder..." Ce n'est pas une belle philosophie, ça ?
Par Sifoell
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Samedi 15 novembre 2008


Je me souviens rarement de mes rêves, quelques petits éclairs fugaces... Ils doivent être souvent très quotidiens, je refais mes journées vécues ou me prépare à celles à venir.
Mais cette nuit j'en ai fait un très beau. Il ne me reste pas beaucoup d'images, ni de sons, mais une très douce sensation de bien-être et de sérénité.
J'étais dans un endroit qui ne connaissait aucune limite géographique, et où le temps ne s'écoulait pas. Je vivais dans un présent perpétuel, un interminable printemps. Je me souviens de paysages aux couleurs très douces mais néanmoins contrastées. J'étais entourée de gens dont je ne me souviens plus des visages, mais incontestablement, je faisais partie de leur famille, ils m'étaient proches.
Je pense qu'il y avait là mes disparus, ces personnes décédées dans la force de leur vieillesse, qui manquent à ma vie, sans forcément que cela soit encore douloureux. Ces personnes pour qui j'ai de l'affection, et pour qui j'ai une pensée, de temps en temps. Ils ne sont plus là, physiquement, dans ma vie de tous les jours, et pourtant ils m'accompagnent.
Cette nuit, j'étais avec eux, et avec d'autres personnes encore, entourée de cette famille, enfin entière.
Par Sifoell
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L'entre-deux livres

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